Archives mensuelles : février 2012

Nantes

La Tour Bretagne dans le brouillardJe pose un pied sur le quai, puis un autre, le train à peine arrêté en gare. Je débarque Gare Nord, accueillie par un petit crachin qui fixe l’air humide, je traverse en courant dans les flaques la voie des autos et celle du tramway qui stationne sur la gauche, je me sens chez moi. Je suis chez moi.

Hop, je grimpe sur la langue de fer que ravale la machine à mes pieds, les portes se ferment et le tramway démarre dans un bruit de violon que l’on accorde et qui fait tant sourire Catherine : « whaauumm ».

Un drelin aigu chasse les imprudents sur les quais. En station Château des ducs de Bretagne, vue sur la tour féerique du Lieu Unique et de l’autre côté le vent s’engouffre par les portes ouvertes sur les tours balayées de lumière et de pluie. Déjà sud Loire, la tour Bretagne aux trois quarts visible.

« Oh ma belle, fais un effort, élève-toi et sors de cette brume ». Etonnant ce taux d’humidité et ces têtes mouillées mais résignées et n’y pensant guère.

Bouffay, je saute du tramway, les gens de cette ville avalent des verres dehors, sous la tonnelle, ils se fichent des rideaux de pluie en biais qui percutent juste les chaussures. Ils se moquent tout autant des rigoles où dévale l’eau, c’est un peuple de l’eau douce, de celle qui tombe du ciel mais aussi celle savamment comblée sous leurs pieds, Erdre et Loire qui s’amusent à faire pencher les immeubles au fil de l’eau et du temps.

Nantais, marins d’eaux-douces qui repartent chancelants et chantant un peu trop fort sur le ponton pour regagner un temps leur cabine à l’abri des rues détrempées.

Ainsi, va cette ville campée sur ses deux membres, l’un salé et lancé à l’infini vers l’ouest, l’autre doux et sage qui stabilise et relie telle une veine le corps vaste et puissant de la cité. Pour couronner le tout, un chapeau breton bien enfoncé sur le front et qui malgré la bourrasque tient bon l’ensemble.

Ainsi va la ville, autre sorte de ville blanche avec son tuffeau qui claque au soleil, quand celui-ci daigne montrer le bout de ses rayons au départ du navibus, bras de Loire réveillé par la nostalgie du village de cap-horniers de l’autre côté: Trentemoult.

Et une fois dans les ruelles du village coloré, « la Médina« , à nouveau vue en face sur un quai-mémorial aux accents nègres qui bientôt équilibrera les immeubles chancelants des armateurs de la brinqueballante île Fedyeau et lui donnera ainsi ces véritables lettres de noblesse.

Maintenant, un coucher de soleil mordoré qui cristallise la Loire juste en bas du pont de Cheviré, sorte d’arc-en-ciel de béton sous lequel passent les oiseaux marins qui remontent avec la marée dans ce port qui n’en est plus un. La sterne habile évite l’immense éléphant arroseur d’humains au début du Hangar à Bananes, balade étrange qui semble mener vers le bout du monde.

Parfois, les géants traversent enfin la ville avec leurs grands yeux (é)mouvants et le Lieu Unique transforme le petit LU en madeleine de Proust. Il réchauffe quelque peu le canal Saint-Félix traversé par le vent, où se déplace quotidiennement un héron dont j’ai décidé que j’étais l’amie.

On attend l’âme de la ville dans ses quelques rues médiévales et on reste souvent déçu. Cela se joue souvent ailleurs et il faut patienter longtemps avant d’être apprivoisé par cette cité multiple.

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Conseil

« Quand quelqu’un dit je me tue à vous le dire, laissez-le mourir. »

Jacques Prévert

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Résonnance

Il faut entendre ce bruit sourd, il faut entendre jusqu’à sa résonnance. Il convient de s’y attarder pour ne pas devenir fou. Quelque chose tape contre autre chose. Le bruit évoque ainsi la collision entre deux matières et l’arrêt obligatoire.

Quelque chose qui obstrue la voie, la marche, le passage de la lueur, la course des nuages, quelque chose donc, qui cogne, qui cogne et ralentit le mouvement.

Il faut entendre ce qui tape de la sorte, disséquer la nuance des sons pour entrevoir l’indicible.

Ouvrir son être à cette sourde tension, cette veine qui palpite et survit malgré le garrot qui l’étrangle.

D’où provient le bruit?

Des wagons gris en provenance de Drancy, ou bien des hauts murs de casernes de miltaires en partance vers la ligne de guerre. Où encore de ceux-là mêmes qui encerclent des maisons d’arrêt poisses jusqu’en leurs miradors.

Sûrement de ces endroits, oui, et certainement d’ailleurs.

Cela dégouline de partout ce bruit d’hôpital, de système d’alarme et cela suinte des verrous, des serrures et de l’assemblage de sons effroyables que fait la clé qui enclenche la fermeture.

Il suffit d’imaginer alors ces êtres blêmes et émaciés pour être pris d’un vertige profond et immuable.

Il suffit de regarder cette porte anormalement ouverte sur eux pour comprendre la peine et leur souffrance de savoir qu’à jamais ils sont, ou ont été emmurés.

15.04.2011

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Sens

« Une sortie, c’est une entrée que l’on prend dans l’autre sens. »

Boris Vian. Traité de civisme.

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