Archives mensuelles : août 2012

Amitiés !

« Un véritable ami vous poignarde en face« .

Oscar Wilde

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Pedro et TiTi

De drôles de petites chansons inventées comme des comptines. Flatter l’âme de l’enfant, de la femme-enfant. Grâce ou à cause d’Elle, la femme fut baptisée petit animal improbable et unique. Alors on s’adressait à elle au masculin :

– C’est lui le plus beau!

– Tous sur lui !

– Mets donc tes petits souliers.

– Comment peut-on être si joli et si triste à la fois? Flatterie émoliente donc.

Elle dansait, faisait semblant de s’extasier sur « lui » pour rire, en ouvrant de grands yeux ronds.

Elle le prenait souvent dans ses longs bras, le cajolait, prenait une petite voix, toutefois suffisamment grave pour lui faire un peu peur.

« Lui », il aimait bien ça ; les autres, ça les faisait sourire un peu.

Elle ne s’inquiétait jamais vraiment pour « lui » car c’était la seule à ne l’avoir jamais laissé tomber.

L’animal, parfois rebelle, mordait et grognait. Elle savait quand se taire et quand parler. Elle connaissait les ruses pour « le » sortir de sa grotte et lui dire combien « il » pouvait être parfois fatiguant.

« Lui » le bourru, le désabusé, le malin, l’enjôleur narquois avait grand besoin de cette comprenette à deux, de cette valse-musette permanente, mais aussi de leurs moments plus sombres, plus rock. Les subtilités de leur danse, distincte des autres, semblable à un tour de passe-passe souvent réussi et continu.

Amitié-alchimie, avec son lot de cris et de disputes faisant rapidement place à la clameur des réconciliations, le tout bercé d’une ardeur quelque peu exagérée.

A Elle la poigne, à « lui » la molesse.

A Elle de parler, à « lui » d’être taiseux, cafardeux.

Des années durant, le philtre amical s’organisa autour et avec des camarades éclairées, impliquées. Chacune étant concernée par chacune.

Des allées et venues, des ennuis, des accidents aussi parfois. Mais les intimes, les potes, tout ça c’était sacrément complice, alliés dans la chorégraphie, sorte de ballet bienveillant. Une smala étrange déplaçant sa roulotte, une tribu trop fermée, trop étanche.

Certaines s’en échappaient pour aller danser ailleurs, c’était plus sain.

Et la vie, c’est un truc qui continue, pas vrai ? Ça ne s’arrête pas qu’à une seule sorte de boléro.

« Lui », tant il était renfrogné, blessé et un tantinet sauvage, ça commencait à lui faire peur toutes ces brèches qu’il apercevait dans leur roulotte.

Petit à petit, Elle, l’épicentre de l’explosion à venir, l’axe de la confrérie du »sacro-saint », eh bien Elle s’est éloignée du bercail. Peut-être trouvait-elle notre valse un peu désuète.

Elle n’a pas expliqué pourquoi c’était si douloureux de se tordre au point d’essayer de danser ailleurs.

« Lui » n’a pas compris, il n’a pas pu interpréter ces nouveaux pas, saisir l’importance de ce changement de pas.

« Il » est resté à l’arrêt, tandis qu’Elle essayait tant bien que mal de mener une nouvelle farandole ailleurs.

Elle n’a pas précisé — le savait-t-elle ? — la distance réelle qu’elle aurait à prendre pour cette enjambée.

Ni litige, ni marchandage, nous n’étions pas une famille. Ou plutôt de celles dont on doit s’extirper avec douleur, en laissant sur place une ou deux acolytes qui n’ont pas pris soin d’apprendre à danser autrement.

Remouillé, le 21 août 2012.

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Introspection d’août

Petite bonne femme, à quoi bon tenir ? Que se passe-t-il encore qui agite tes entrailles et une faible part de ta caboche souillée ?

Où diable trouves-tu le reste de vie, de sens pour continuer courbée, le regard au sol, battue d’avance. Le pion damné, l’ombre de la dame brûlant ton épaule, ton roi dépouillé et le fou oppressant ton âme.

La partie s’achève, petite bonne femme. Ils sont tous finalement à leur place, et tu cherches vainement à ne tourner pas rond parce que toi, tu ne l’acceptes pas, ta place.

Paraît que l’on a celle que l’on mérite.

Petite bonne femme, tu n’en as cure du mérite, celui que l’on te sert à chaque table, ainsi que ses cousins germains, le courage et la volonté.

Regarde au loin pendant qu’il en est encore temps. Petite femme, que te proposes-tu ? Quand d’autres s’allègent et décrètent s’élever, toi tu t’alourdis encore.

Cesse de les écouter, personne ne vit ou ne meurt à ta place.

A toi seule de décider si tu dois demeurer sur l’échiquier ou en sortir à jamais.

Gilly-les-Cîteaux, le 18 août 2012.

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Comme de bien entendu !

Elle était jeune et belle,
Comme de bien entendu !
Il eut le béguin pour elle
Comme de bien entendu !
Elle était demoiselle,
Comme de bien entendu !
Il se débrouilla pour qu’elle ne le soit plus!
Comme de bien entendu !

Ils se mirent en ménage
Comme de bien entendu !
Elle avait du courage
Comme de bien entendu !
Il était au chômage,
Comme de bien entendu !
Ça lui faisait déjà un gentil petit revenu…
Comme de bien entendu !

Voulant faire une folie,
Comme de bien entendu !
Il offrit à sa mie,
Comme de bien entendu !
Un billet de la loterie,
Comme de bien entendu !
Ça ne lui fit jamais que cent balles de perdues…
Comme de bien entendu !

Mais il se mit à boire
Comme de bien entendu !
Elle ne fit pas d’histoires,
Comme de bien entendu !
Mais pour ne pas être une poire,
Comme de bien entendu !
Elle se consola en le faisant cocu.
Comme de bien entendu !

Il la trouva mauvaise
Comme de bien entendu !
Mais elle ramenait du pèze,
Comme de bien entendu !
Au lieu de ramener sa fraise,
Comme de bien entendu !
Il se contenta de lui foutre son pied au cul,
Comme de bien entendu !

Et, depuis, l’on raconte
Comme de bien entendu !
Qu’il y trouve son compte,
Comme de bien entendu !
Et, quand chez lui, on monte,
Comme de bien entendu !
Il s’en va faire un petit tour au PMU
Comme de bien entendu !

Chanson de Jean Boyer (1939) pour Arletty et Dorville.

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Marais

Maré-cage-à-oiseaux bordé de lumière.

Marais breton, n’en déplaise. Appellation d’origine incontrôlée. Marais irisés aux roseaux grimpants, tentant de rejoindre l’entre-deux-eaux, le mitan d’étangs figés jonchés de joncs.

Ça pique au passage la robe claire-souris de Nacre, petit cheval du Pays de Retz, ou d’ailleurs. D’ailleurs, on ne sait pas trop.

Cheval appliqué sur lequel je trottine avec quelques autres cavaliers, d’un petit trot soutenu. Au cœur des marécages immobiles, on se marre, on se mire, on semble agacer les avocettes qui piaillent à peine un mètre au-dessus de notre petite caravane équestre.

Un vent musical traverse ce bel espace sauvage, façonné par l’océan, lequel, grand maître des lieux, rugit à deux pas. Trot, pas, calme intérieur, mais pas trop. Bel assemblage.

Alors, je prends et encore je prends. Mon regard sillonne le paysage brut. Peu d’arbres.

Pas de rappel de civilisation, pas de buvette, pas d’odeur de crème solaire.

Au pas Nacre, doucement.

Au-delà du marais, la dune, et encore plus loin quelques pêcheries désuètes sur la mer.

Au-delà du marais, marée basse, je guide Nacre doucement vers l’eau, au pas.

La jument se rafraîchit les sabots, la couleur et les formes du cheval se reflètent sur les cailloux, sous l’eau claire. On touche alors l’infini, l’animal comme trait-d’union entre le monde et moi.

La Bernerie, le 28 juillet 2012

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