Archives mensuelles : octobre 2012

Privés de liberté…

J’ai depuis longtemps pris le temps et saisi le sens de ces rencontres. Paroles, langues, accents, itinéraires inhabituels. Lassitude, mais toujours à l’écoute et intriguée par la différence.Photo de prison

Emue parfois de certaines confidences ou de remerciements. Violence enfermée…

Il y aura toujours comme un bruit de sonnette que l’on tire et pour la majorité ce n’était pas la peine d’en jouer. Celle des filatures et des transferts du petit jour. Les femmes à l’entrée, les cabas chargés qui tombent des mains et qui implorent le ciel, ces hommes partis ailleurs sans qu’elles en connaissent la raison.

Ces hommes ailleurs donc, cloitrés et sans horizon. Un qui aimerait parler à sa femme, bâillonné, pressé de regagner la nouvelle cellule. Négation de la vie. De la nuit à la nuit, l’isolement dans l’enfer des autres. Il rêve d’un passe-partout, il s’évadera par la folie et le refus de regarder en face. Surveillé, mais vivant, il s’use et s’anéantit. Il marche dans les coursives, au mieux il est ignoré et reste muet. Parfois suspecté, contrôlé, pourchassé et réprimé s’il en redemande.

Il est le mal, le parasite et le danger. Méprisé à jamais, pas de rédemption en vrai.

Maudissant son sort et son destin, il s’en retourne un jour fatigué et désorienté. Il redevient une faible proie d’un système misérable qui lui fait croire qu’on lui laisse le choix.

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Camargue

La légende dit qu’ils sont sortis de l’écume de mer. Tout de blanc vêtus, ils font surgir en nous l’âme cavalière, mais chut…

Rare terre où se mélangent à l’infini mer, étangs, végétaux parcimonieux, oiseaux de passage, chevaux affranchis. Pattes dans la flotte et les roseaux, flair au vent.

Je cause de la Camargue fière et sauvage que l’on débusque au détour d’une route bosselée, cabossée, au bout du monde. Je ne dirai rien de « l’autre », salie, souillée par les hommes.

Que pourraient-ils exprimer ces petits chevaux épinglés au bord de la nationale ?

Vénéré dans son marais d’origine, souverain et paisible, je m’incline à ne pas le monter. Dans mon odyssée (oui, toi je te monte) à travers les Alpilles, la Crau et la Camargue, ce sont la vie et la liberté de ce cheval que je voudrais voir préservées.

Celui-ci qui sans entrave traverse l’étang et se dirige vers la mer. Je m’arrête pour le contempler et seul le silence m’envahit. Paysage de paix qui exalte la bienveillance à l’égard de la nature.

Aucune lame de fond pour s’abattre sur un rocher, pas de grande marée s’écrasant sur des falaises tourmentées. Seul l’élément liquide qu’irise une petite brise, une très grande douceur qui emplit l’espace. Un ciel vertigineux qu’on voudrait tirer à soi comme une couverture pour l’emporter demain sur les bords de Loire.

Une dernière fois mes yeux fixent ce cheval tranquille aux allures belles et franches, comme posé au milieu d’un paysage frappé par la grâce. Le regard porte loin sur cette terre plane d’une fragile et fascinante beauté. Je sais que je porterai l’image en moi longtemps et qu’elle deviendra profonde nostalgie. Vague à l’âme quand il faut alors se diriger irrémédiablement vers le nord et je me tords quelque peu pour m’en retourner vers le crachin.

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