Archives mensuelles : novembre 2012

A monsieur G, s’il revient ici

ToriiSe colleter au Rien, c’est prendre le risque de recevoir la visite de son frère de lait, le Vrai, élevés sous la même mamelle ces deux-là. Visite contemplative s’il en est, installez-vous, le spectacle de leur rencontre est gratuit et donc, impayable :

– Aussi vrai que le rire n’est rien sans son fou.
– Tant est si vrai que le regard n’est rien lorsque l’on a perdu son âme.
– Que la peau n’est rien sans des doigts vrais qui l’effleurent.
– Qu’il est vrai des guerres qu’elles ne sont plus rien quand on dépose les armes.
– Que rien n’est aussi vrai que le temps passé à aimer vraiment.
– Que le rien l’emporte sur le tout et que c’est vrai-ment du pareil au même.

Nantes, le 27 novembre 2012.

Photo : Torii à Kyoto. @ C. Levesque

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Crise de confiance

En ces temps moroses où le quidam peine à accorder sa confiance aux institutions, aux élus, à sa banque, à son patron et parfois même à ses proches.

(Adolescents attardés, amis lointains, parent alcoolique, dépressifs de tout poil avec risque non négligeable de passage à l’acte…)

Eh bien ce matin, je suis montée sur le toit de la maison bâtie par mon père il y a une dizaine d’années. C’était un temps béni où il n’était pas encore malade et il empilait, tel un gigantesque Lego, chapes de béton, murs de pierres, charpentes de bois noble et jolies tuiles clissonnaises par là-dessus !

Le résultat fut longtemps considéré comme un petit mas provençal surgi du vignoble nantais. A l’époque, j’étais juste impressionnée, fière, et j’avoue ne pas m’être beaucoup posé de question quant au mode de construction du bel ouvrage.

Le temps passe, les belles personnes s’abîment et les beaux ouvrages s’érodent…

La météo s’en mêle parfois et patatras, des tuiles s’effondrent et se cassent. Il faut monter sur le toit. Ce sera l’un d’entre nous car il n’y a plus vraiment d’argent pour le couvreur du coin. Et puis il a toujours tout fait seul le bougre, alors il faut que je sois sa digne fille !

De toutes les manières, ma mère, dame patronnesse et grande chef du clan, semble bien avoir décidé que ce serait moi. Pas folle la guêpe…Vite considéré qu’en cas de chute, elle préférerait conserver son vieux mari muet plutôt qu’une fille qui essaie parfois de lui tenir tête. A les voir, ça ne se lâche pas comme ça un vieux mari, même abîmé…

Me voici donc sur le premier toit qu’on atteint par une fenêtre de chambre, fastoche, et déjà quelle belle vue sur la vallée ! Bon, l’histoire est qu’il faut d’abord ramasser les tuiles cassées et poser une échelle pour aller réparer sur le toit supérieur.

Je découvre la charpente de mon père sous les tuiles que je soulève et déplace pour laisser une place stable à l’échelle.

Je découvre une charpente construite par mon père, ce doux rêveur, qui fit un assemblage de planches de bois, peut-être un peu trop tendres, peut-être un peu trop courtes. Puis au bout de la dite charpente, il eut la patience inouïe de colmater les « mal-calculées » avec des morceaux de bois. De tout genre… Du contreplaqué aux restes de poutres de chêne. Branchages d’arbres rongés par le temps, et le tout clouté ou pas au rebord du bas de la fenêtre, grille d’évacuation d’eau comprise ! J’en reste coite.

Penché par la fenêtre, il me demande pourquoi j’hésite à monter sur l’échelle. Je regarde ce Robinson Crusoé des temps modernes aux yeux dévorés par la « brume-maladie ». Je souris et dis que j’ai un peu le vertige, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Il grommelle et commence à enjamber la fenêtre. Je l’arrête doucement.

Je regarde sous mes pieds la charpente de mon père. Eh bien quoi ? N’a-t-elle pas tenu jusqu’ici ?

Je commence à monter à l’échelle, le cœur battant. Rien ne bouge. Robinson me passe les tuiles neuves que je replace là-haut avec un peu de ce produit qui colle. Il me dicte des ordres que je ne comprends pas très bien. Il essaie d’allonger son cou jusqu’en haut pour voir ce que je fabrique.

Même avec ce produit qui colle, je ne suis pas sûre que mes tuiles tiennent dix ans…

Remouillé le 12.11.2012.

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« Avoir un bon copain, il n’y a rien de meilleur au monde ! »

Je pensais l’autre fois en avalant ce plat de nouilles japonaises succulentes, mais assez peu salées ma foi.

Alors j’ai versé du sel au-dessus de l’assiette tout en mélangeant consciencieusement, je crois. Et alors, je pensais à mes amis. Et ça faisait un peu le même effet. Toujours bon à prendre, mais meilleur selon les endroits du contenant, du temps que l’on prend à tout avaler, du cœur que l’on met à vider le sel ou à plutôt retenir la tombée de l’ingrédient, de l’assaisonnement que l’on décide de verser, ou pas.

Du temps que l’on accorde à cette petite salade, de l’effort de digestion après avoir ingurgité tant de bonnes choses mais trop vite, trop tard. L’effet visuel de l’assiette vide, du verre de vin à moitié rempli ou déjà vidangé. Le trop-plein, la grande bouffe, l’effet apaisant et cependant comme une sensation de lourdeur. Un premier convive qui baille et en fait bailler d’autres, un certain engourdissement. Une gêne presque à lever le plat et le laver pour pouvoir évidemment l’utiliser la prochaine fois, n’est-ce pas, la prochaine fois ? On le sort quand, alors, ce plat la prochaine fois ? Et puis quand même il est bon ce plat pour nous, il nous fait du bien, il nous fait plaisir, hein, c’est vrai ?

Mais aussi, il faut du temps pour le préparer, le concocter, d’ailleurs, soit-dit en passant, moi je ne cuisine jamais rien. C’est plus pratique, on ne prend pas de risque et on peut quand même se plaindre d’avoir faim. On peut affirmer aussi qu’il y avait trop de cette épice-là et que ça irrite un peu l’estomac, non ?

On pourra peut-être aussi leur dire que ce plat, on le dévore ailleurs, chez d’autres et que le goût est assez différent somme toute. On ne sait pas trop pourquoi, un petit quelque chose qui diffère, ne trouves-tu pas ?

Cela dit, au fond de cette assiette, une fois tout avalé, je ne vois plus rien. Je ne pense plus à mes amis, plus tellement je veux dire. La comparaison s’arrête là, je suis fatiguée et j’ai un reste de vie à remplir, que diable !

Nantes, le 8 novembre 2012.

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