Archives mensuelles : février 2013

Ainsi

 » Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l’eau ou l’oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu’accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n’existe pour moi qu’une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l’intérieur de ses limites. »

Stig Dagerman, extrait de : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier.

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Situation des emmurés au 9 février 2013

© Patrick PeccatteLes Tunisiens ne voulaient plus de Ben Ali et sa junte de policiers assassins. Ils ne veulent pas plus du parti Enarda qui tue les opposants au régime.

Cela se rejoue dans la rue depuis hier et les Tunisiens sont actuellement les seuls à nous donner une solide révolution et une vraie recherche de la démocratie. Bien sûr, je ne blâme pas les autres peuples, loin s’en faut. Les Algériens épuisés par vingt années de guerre civile, les Marocains quelque peu endormis sous le joug d’un roi malin. Les Égyptiens ont voulu croire en leurs frères musulmans quand, sur la place Tarir enfiévrée de liesse et d’espoir, le bureaucrate Morsi passait en secret des accords véreux avec les services secrets de Moubarak pour conclure une continuité de dictature. Il n’est pas loin de s’embraser encore le peuple égyptien, cependant, les divisions sont plus âpres, plus marquées. On ressent l’approche d’un conflit civil. Pas les Tunisiens, non pas eux. Tous marchent vers le même but. Les hommes vieux ou jeunes, les femmes « modernes » ou voilées, ensemble pour faire reculer les bruits de bottes et les mauvais diseurs de Coran.

Je pense aussi aux Maliens sans force face aux djihadistes du nord et plus globalement à ce Sahel qui effraie et traverse tant de pays essoufflés et faméliques des côtes sénégalaises à la corne de Djibouti. Montagnes imprenables et méconnues de l’Ifogha africain aux sommets d’Afghanistan rongés de Talibans, tous ces lieux où se cachent ces obscurantistes d’un islam dévoyé à des fins politico-mafieuses. De l’Irak morcelé, détruit, abandonné à l’immense Iran prosélyte d’un chiisme radical bien plus que d’un programme nucléaire, une Syrie étouffée dont les opposants continuent à tenter de chasser un régime de polichinelles et ce, sans aucune aide occidentale. D’ailleurs, où en est la Libye après notre arrivée en fanfare monsieur Sarkozy ?

Au beau milieu, Israël sert les fesses… On peut presque comprendre. Quoi d’autre ? Les monarchies déversoirs de pétrole, propriétaires d’hôtels particuliers parisiens et de clubs de foot où tout ira bien jusqu’à l’étranglement des boyaux de l’or noir.

La neutre Turquie qui n’a de neutre que sa situation géographique.

Bon, je regarde tout ça de mon perchoir douillet. D’ailleurs, parlons un peu de nous.

Passons d’abord sur la colossale Chine, ses robots disciplinés, son essor économique, c’est sûr qu’avec la baguette, ça marche mieux pour le riz et pour le reste. Les autres pays d’Asie s’essaient à rester dans les roues du monstre, Japon mis à part. En effet, les habitants rament pour faire avancer cet archipel individualiste. Cela dit, comme tous les insulaires, ils sont fortement tenus par une puissance traditionnelle intrinsèque.

Que dire alors de toutes ces îles indonésiennes ? Je ne sais pas.

À propos de l’Inde, j’ai lu récemment dans un journal un extrait du blog d’une jeune indienne. Il était question de ce viol collectif dont a été victime une femme et de l’émotion que cela avait suscité dans le pays. Elle disait que si cet évènement n’avait pas été si médiatisé, il serait tombé dans l’oubli presque immédiatement et que la violence faite aux femmes, tristement quotidienne, ne semble poser de problème à personne. Je m’égare. Il est évident que beaucoup d’Indiens se posent de multiples questions sur le devenir de leur pays. Ils ne m’ont pas attendue, mais j’en reviens à mes Tunisiens et à leur « vraie » révolution. Ils n’attendent personne. Ils réagissent. Ils me donneraient presque de l’espoir.

Donc je disais, parlons un peu de nous autres, Occidentaux.

Avant, il y a bien cette pauvre Russie malade de sa mafia, ses ex-satellites gangrenés par la même pègre ravageuse qui ravit tout sur son passage, y compris les plus belles demeures de la Riviera française. Moi, je m’en fous, je n’aime pas la Côte d’Azur. Mais enfin quand même. Il n’y aurait pas que le Qatar finalement ?

En face de la Russie, côté droit sur une carte, la décadence grandiose des États-Unis, à faire pâlir nos amis les Romains. Parce qu’enfin on ne peut pas leur pardonner de ne pas avoir réglé l’essentiel : l’abolition de la peine de mort dans chaque État. Impardonnable pour une aussi grande démocratie, je pèse mes mots.

Plus bas, le continent sud-américain. Amérique centrale, armes au poing, pauvre population coincée entre gangs de brutes sans foi ni loi, policiers corrompus, hirsutes, portant une croix catholique sur le torse. Et Dieu dans tout ça ?

La belle Argentine et l’élégant Brésil ravagés par des conflits identiques mais gouvernés par deux femmes socialistes, ça change.

Je ne parle que de ce que je connais j’ai dit. Le Canada, le Royaume-Uni (pourtant je les aime bien), l’Islande (faillite maîtrisée), la Scandinavie, l’Allemagne bonne élève. Je ne connais pas bien et je ne peux pas critiquer. J’aime bien critiquer.

Regardez cette Belgique ! Le temps qu’ils ont mis pour pondre un gouvernement. J’ai l’air moqueur, mais c’est surtout ça la démocratie. Deux communautés si différentes et qui doivent cohabiter pour ne pas faire éclater la nation. Ils ont raison de s’engueuler, même si, quand même, ils ont exagéré.

Revenons à nos moutons.

Et laissons de côté les confettis de l’empire (pardon Aimé, Frantz et Raphaël), vous êtes oubliés, car tombés dans le grand trou noir. Le monde actuel est comme ça.

D’où qu’elle parvienne, qu’elle soit en moi, partout où elle se trouve, je la reconnais : la résignation. Et on me dira : « Ce n’est pas vrai. Nous, on milite. »

Les alter-mondialistes, les écolos-bobos culpabilisés, les nouveaux riches, les anciens pauvres, les syndicalistes, mes voisins d’ici en somme.

Belle avancée des Indignés d’Athènes à Lisbonne, de Madrid à Rome. Londres ? Paris ? Berlin ? D’est en ouest, et déjà trop au nord…

Je n’avais jamais autant parlé de frontière. Le monde est bien heureusement et naturellement plus mêlé, plus enchevêtré, encore plus étonnant.

Je m’étais endormie au chaud devant I>télé. Ouf, un cauchemar de plus.

N’empêche, j’irais bien prendre un aller simple et me balader sur l’avenue Bourguiba, respirer l’odeur du jasmin au printemps.

Je vais attendre un peu. Je vais plutôt acheter un billet aller-retour du côté de Monastir. Il y a des hôtels pas cher.

Photo : Patrick Peccatte

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Blanca Nieves

A propos du film de Pablo Berger : Blanca Nieves, quelques commentaires pour le partage.

Au fil du film, l’image se révèle envoûtante, hommage à l’expressionnisme passé. Loin de la fureur et du bruit, une histoire sans paroles, l’auteur a recours aux fameux cartons de dialogues, mais il n’en abuse pas. Une œuvre attachante, avec parfois une belle violence et un sourd fracas.

Dans le désordre :

– la beauté définitive des femmes brunes du Sud ;

– l’appel sensuel du flamenco qui lui résonne puissamment ;

– l’amour, la mort, le deuil, l’exil, la renaissance, la destinée ;

– la bonté simple des bels gens ;

– la méchanceté habituelle des faibles de l’âme ;

– la Différence (toutes différences) balancée telle quelle sur l’écran, à l’état brut ;

– l’amour d’un père et de sa fille ;

– l’amitié réciproque d’un coq et d’une petite fille.

Au-delà, les personnages qui parlent trop sont les faibles de l’âme, les belles âmes se taisent davantage, pour ma part, je trouve ça bien.

Et au-delà encore, si en aucun cas et sur le fond, Pablo Berger ne remet en question la traditionnelle tauromachie andalouse, il fait mieux en donnant au taureau des rôles superbes, olé !

Blanca Nieves, un film muet en noir et blanc, lumineux, drôle, cruel comme l’est la vie, ou plus exactement notre rapport à l’existence.

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