L’histoire d’un chat qui ne s’en laissait pas conter

LéonDans le bel univers qui est mien parfois,  au cœur duquel un être humain de belle compagnie régente bêtes et plantes tout en veillant sur les humains de passage ; eh bien, un jour d’été, surgit un jeune chat.

J’étais alors absente car occupée dans mon autre monde de l’Ouest, mais elle me raconta.

Jailli par la fenêtre du salon, il posa patte sur elle pour s’allonger derechef et glaner ses premières caresses. Nous ne l’avions jamais vu auparavant autour de la maison.

Roux tendre, quelques macules blanches autour du museau, de longues moustaches toutes « en avant, marche », des yeux bien ronds, un regard vif et curieux, un vrai « ronron » puissant et honnête. Un poil délicat et fin, le tout flegmatique et de très belle compagnie aussi.

Mince, s’en était fichu…

Baptisé Léon au cours de son premier casse-croûte officiel dans la maison, Léon accepta gentiment de se nommer Léon et trouva bonne et la table et l’habitante des lieux. Fini, j’vous dis. On était cuites. Il l’avait bien eue, il m’aurait forcément.

Nous passerons sur l’état émotionnel d’Apollo, le premier chat de la demeure. Espèce de vieux loup solitaire quelque peu irritable, Apollo se transforma un temps en tigre hirsute éructant des grognements et feulements épouvantables (revoir en référence la première version de L’Exorciste pour s’en faire une idée précise).

Léon, quant à lui, était bel et bien arrivé dans nos vies. Entièrement. Je veux dire en tant qu’individu unique, un et indivisible, bref, avec la totalité de ses attributs de reproduction (deux, je crois).

Détendu, relax, passionnément amical avec les humains, leur frigo et leurs mains dépliées sur son corps souple et svelte, Léon, malgré quelques fugues vers son foyer initial, finit par faire son choix, et s’installa avec nous. Il réussit l’exploit d’infléchir Apollo, devenu définitivement philosophe quant à la nature humaine, infidèle et versatile.

Fantasque, volage, passant de bras en bras, Léon occupait désormais l’espace à sa manière. Nature, affectueux, plaisant, souriant, un brun voleur et vandale. Allures cocasses, carapatant devant le vieux chat médusé, poilant que j’vous dis.

Le bougre eut même l’intelligence de considérer le protocole félin cher à Apollo I « Le Précieux » (pire que celui de la reine d’Angleterre).

Il apprit « au passage » à croiser le vieux rose apprêté, avec une haute considération, respectueux de son âge peut-être, mais aussi de ses obsessions maniaques, voire d’un snobisme qui n’est plus à prouver.

Le temps passa parce qu’il passe toujours, comme font les chats aussi si l’on y prête attention. Evidemment, nous nous sommes posé moult questions concernant la réelle nécessité de procéder à l’ablation de ses fameux attributs de mâle.

Cela donnait lieu parfois à des discussions drôles entre amis concernés et, ma foi, tant que Léon vivait tranquillement sa vigoureuse jeunesse, cela nous faisait plutôt sourire.

Comprenez, il était apparu ainsi, entier, libre de ses choix, évadé peut être d’une prison de chats (il en existe un tas).

Alors, en aucun cas, nous n’avions le droit de le décomposer, de le morceler, de l’amputer.

Léon le désinvolte, la star des BBQ, le pote sympa, toujours content de vous voir, que l’on imagine volontiers en marcel, accoudé à un zinc, une  pression à la patte et une Gitane maïs collée sous la truffe. Un poil frimeur, mais un gars simple et pas bagarreur.

Ce p’tit vaurien doit subjuguer les minettes avec son physique de jeune premier enjôleur. On suppose qu’il minaude davantage qu’il n’assaille.

C’est sans compter les autres… Les robustes, les costauds, les virils grincheux toujours prompts à venir lui chercher des noises, à notre Léon désormais en âge de s’enticher d’une belle croisée à la guinguette.

Alors, parfois, Léon est perturbé. Fort à parier que finalement ses fameux attributs corrompent sa légendaire bonne humeur. Il s’agite, se tourmente, semble inquiet, il est maigreux. Mais flûte, que faire ?

Il est amoureux et il semblerait qu’existe un rival. Vont-ils se retrouver une nuit sur le mur d’en face, le fleuret à la patte pour se départager ?

A quoi bon un tel affrontement ? Si jamais un chat – un vrai, un tatoué – lit ce blog, je lui demanderais bien de nous téléphoner pour nous conseiller. Pour info, les gars, James et Bubu ont nos coordonnées !

17 heures : merci, Apollo, de ton appel. J’ai bien entendu tes revendications concernant Léon mais, euh… comment dire ? Oui, c’est vrai, t’es tatoué, mais bon, pour le reste

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1 commentaire

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Une réponse à “L’histoire d’un chat qui ne s’en laissait pas conter

  1. Elo

    Colette ? C’est vous ?