Fin

Non, je ne veux pas y retourner. Cette part de lui que je ne reconnais plus dans tous ces morceaux de moi qui se barrent, se font la malle, sauve qui peut, échappée belle.

Son chaos indescriptible, la faible lumière jaune qui hante ses yeux. Son teint cireux et sa maigre barbe qui ne planque pas davantage sa tête de mort-imminent.

Ce corps décharné qui l’enveloppe et le cache encore de l’engin qui finira par carboniser tout ça, ce bien peu qui demeure.

Ce rien qui reste et déambule tel un spectre chimérique, qui repassera en songe comme un cliché qui tressaute au cinéma.

Ce n’est plus lui, ce n’est plus vraiment moi qui parle, et le regarde.

C’est une épreuve, le devoir d’une fille à son père, mais ce père n’existe déjà plus. Mort sans cadavre, tel un disparu, mais où ?

Ce qui reste est une punition de l’existence et une condamnation à une mort prochaine qui adviendra un jour d’automne, jauni et blafard, à son image en somme.

Je n’aime pas le jaune. Le jaune qui pointe le bout de son nez.

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4 Commentaires

Classé dans Introspection

4 réponses à “Fin

  1. La mort comme « possibilité de l’impossibilité », telle est la définition que tente de donner Heidegger en parlant de la mort. Pour Platon et Descartes, une survie de l’âme et de l’esprit est envisageable. Pour Marx et Epicure, c’est l’anéantissement assuré. Une chose est (presque) sûre, il faut pour vivre heureux se délivrer de la peur qu’elle nous fait. Et continuer à faire vivre les morts qu’on a aimés vivants en les aimant encore.

  2. Mon père s’éloigne dans les méandres de son cerveau aux neurones de plus en plus déconnectés… J’ai le sentiment de le perdre peu à peu. Mais c’est encore lui, pour le moment.
    Je ne te connais pas, je t’ai juste croisée quelques fois, je te serre dans mes bras virtuels, parce qu’il est dur de perdre son père.
    Ton texte est beau.

  3. Clo

    Je n’aime pas le jaune non plus… le jaune de la maladie qui t’emplit jusqu’aux yeux, qui te mange jusqu’à devenir un petit papa tout maigre sur un lit de souffrance. 13 ans déjà … et les larmes coulent encore parfois.

    Fin.
    Et début de beaucoup d’autres choses.